Mobinaute roi ou mobinaute esclave ?


Par CMS Metrics le jeudi 11 août 2011, 00:48

L'internaute est un individu qui accède à l'information diffusée sur internet (c'est à dire publiée sur un serveur et relayée par et sur les réseaux).

Cet accès peut se faire au moyen de différents outils matériels et logiciels : ordinateur fixe et connexion ADSL, ordinateur portable et Wi-fi, téléphone dit "smartphone" relié à la 3G, etc utilisant divers protocoles et logiciels : navigateurs, clients courriers, IRC, applications pour téléphones mobiles ("apps") et tablet-PC...

L'internaute, en 2011, est de plus en plus multi-connecté : il peut ainsi entretenir (le terme technique est "keep-alive", tout un symbole) plusieurs connexions simultanées à différents programmes de diffusion de contenus au moyen de plusieurs services. L'usage qui est fait d'Internet devient transparent car permanent. L'internaute devient son propre avatar.

Face à cette alimentation continue de l'être-réseau, sorte de cordon ombilical virtuel qui relie l'égo au réseau, comment s'adapte la personnalité ? Bombardée de stimuli (email, tweets, alertes facebook, tchat, etc), l'intelligence se recroqueville dans un espace restreint tandis que le cerveau reptilien se repaît de cette distraction et de cette complaisance dans la futilité.

L'internaute mobinaute, capté par les inventions des services marketing toujours aptes à créer de nouveaux besoins, dégaine son smartphone au moindre signal social, et surtout au moindre engagement.

Acte d'achat, de plus en plus. Acheter est un engagement, et acheter engage ses ressources...

Maintenant dans une rue commerçante, la géolocalisation lui fait profiter d'un coupon de 10 euros dans la boutique de vêtements devant laquelle il passe. Ou bien, s'il veut profiter d'une réduction sur son café, il doit signaler (checker) qu'il est dans un restaurant Flunch via FourSquare. Moins excitant mais plus utile (du moins le croit-il), son smartphone intègre une application de lecture (scan) de code-barre qui lui permet de comparer les prix des produits pendant qu'il se promène dans les rayons de son magasin hypermarché. Et s'il a des doutes sur certains produits à base d'ingrédients impopulaires, une autre application permet de prendre connaissance des avis d'autres consommateurs sur ces éléments. Parvenu à la caisse, notre mobinaute à quelques minutes à tuer pendant lesquelles il consulte ses mails et suit ce qui se dit via twitter sur son sujet préféré du moment.

S'il a signalé où il se trouvait, sa petite amie va vite l'appeler ou lui envoyer un message pour lui rappeler d'acheter ce qu'il oublie toujours, et bientôt des services agrégateurs de données (cf. opendata et consorts) qui l'auront identifié et dont le profil de consommateur aura trouvé une segmentation déclenchant une nouvelle action (envoi de code promo de fidélisation sur produit acheté ou au contraire d'incitation à l'achat de produit concurrent ou complémentaire, etc) vont se mettre à l’inonder de bons plans jusqu'à ce qu'il s'éloigne suffisamment du réseau.

Il aura regagné son véhicule, installé son smartphone sur le tableau de bord en tant que GPS, machinalement, alors qu'il ne fait que rentrer chez lui, mais au cas où un incident ait bloqué une voie par exemple, qui sait ? il aura de toutes façons toujours une excuse à l'esprit pour justifier l'omniprésence de son doudou multifonctions.

Doudou technologique omniprésent, et mouchard omnipotent. Alors, le mobinaute jouit-il du pouvoir absolu, ou n'est-il qu'esclave des opérateurs et fournisseurs de services multiples par lesquels il doit passer pour accéder à son potentiel pouvoir d'influence, de liberté de parole et d'information ?

Principales sources d'inspiration pour cet article :

  • Évolution du marché des smartphones, segmentation et usages en Europe, aux USA et au Japon : http://www.comscore.com/fre/Press_Events/Presentations_Whitepapers/2011/M-Days
  • Nouvelles tendances marketing, shopping social, réalité augmentée et m-commerce : http://lentreprise.lexpress.fr/internet-canal-pour-vendre/l-internet-mobile-le-social-shopping-et-la-3-d-immersive-vont-bouleverser-le-e-commerce_30501.html

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Commentaires

1. Le vendredi 12 août 2011, 10:51 par Blackberry RIM
Malheureusement l'actualité au Royaume Uni nous rappelle que l'internet mobile peut avoir son utilité lors de manifestations ou d'émeutes, puisqu'il permet aux différents groupes de communiquer entre eux et de se tenir informés des mouvements des forces de l'ordre. N'est-ce pas une représentation de la liberté et de la puissance (pouvoir d'expression et d'information) dont vous parlez ?

2. Le vendredi 12 août 2011, 11:16 par Da Code
@Blackberry RIM : Amha ce n'est qu'un leurre car le cryptage des échanges du Blackberry Messenger risque d'être levé sur demande des institutions. Il peut donc exister certains avantages, mais à partir du moment où ils représentent réellement une alternative aux medias et pouvoirs en place, ces avantages ne durent pas car la réaction ne se fait pas attendre (censure, perturbation ou coupure des réseaux...)

L'avantage est donc de courte durée (replacer la notion de "courte durée" dans le contexte du web où tout flucture en permanence), par rapport à la contrainte (achat matériel + abonnement opérateur télecom) qui elle, est bien plus durable.

3. Le samedi 13 août 2011, 17:38 par Internaute Media Internaute Esclave
@Blackberry RIM @Da Code : Merci pour vos commentaires. Comme d'habitude, ce n 'est pas l'outil qui fait la fonction...
Qu'un smartphone permette de sauver une personne ensevelie sous les décombres suite à une catastrophe est généralement jugé "bien/positif".

Qu'un smartphone permette à des groupes de casseurs d'éviter la police pour piller des commerces est généralement jugé "bien" pour les pilleurs, "mal" pour le grand-public.
Sur un principe similaire mais qui semblera plus passif, les avertisseurs de radars routiers permettaient aux conducteurs de ne pas respecter la loi (les limitations de vitesse) selon le principe du "pas vu, pas pris".

Je pense que la technologie sert plus les intérêts en place que la dissidence, et les quelques exemples récents sont dus à un manque d'organisation des autorités. D'ici quelques temps, les outils de communication mobiles comporteront plus de menaces pour la liberté et le respect de la vie privée que d'avantages.
Mais ce sera trop tard pour faire marche arrière : les individus mobinautes seront ferrés à leurs gadgets, et pris dans la toile de leurs habitudes. Ils ne seront alors que de la manne financière, un immense marché de convertis (2ème génération internet et celles à venir Y, Z, etc) dont les croyances autour de ces outils seront basées sur la mythologie et la sympathie des débuts.